Les prix des carburants affichés dans une station-service de La Ville du Bois, en Essonne, le 2 novembre 2026 ( AFP / Ludovic MARIN )
Les premiers effets du déblocage d'une partie des stocks stratégiques de gazole commencent à se faire sentir avec un prix qui a reculé de 12 centimes en moyenne dans 6.000 des 10.000 stations-service françaises.
Parmi elles, 4.000 ont même baissé leurs tarifs "de plus de 15 centimes", s'est félicité le ministre du Commerce Serge Papin à l'issue d'une réunion à Bercy avec les distributeurs de carburants.
Et "ça va continuer dans les jours qui viennent, puisque petit à petit, ce sont bien les 10.000 stations qui vont baisser leur prix", a-t-il assuré après ce premier point national sur l'impact du déblocage des stocks stratégiques.
Le gouvernement a annoncé en octobre qu'il vendrait à prix coûtant aux distributeurs dix millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques pendant trois mois, à compter du 1er novembre.
Cette mesure exceptionnelle a été décidée pour faire face à la flambée des prix des carburants et de l'énergie en général causée par la guerre au Moyen-Orient, qui accroît la précarité énergétique en France.
Le baromètre 2026 du médiateur national de l'énergie, publié mardi, montre qu'un Français sur trois a du mal à payer certaines factures d'électricité ou de gaz.
L'initiative permet aussi au gouvernement d'apporter une réponse à la baisse du pouvoir d'achat, alors qu'une journée de mobilisation doit réunir jeudi salariés du privé, fonctionnaires et retraités.
L'opération concerne les prix du gazole routier, ceux du fioul domestique et du gazole non routier, utilisé notamment par les agriculteurs et les engins de travaux.
C'est "la première fois que les stocks stratégiques servent à faire baisser les prix. D'habitude, c'était pour régler les problèmes de pénurie", a souligné M. Papin.
Le dispositif "concerne l'ensemble des 10.000 stations-service de France, France métropolitaine, Corse, Outre-Mer", a précisé le ministre de l’Économie Roland Lescure en saluant un dispositif "qui ne coûte pas un sou à l'État dans ces moments où évidemment le déficit budgétaire est une contrainte importante".
Transparence
Le gouvernement a "prévu de faire un point complet en fin de semaine", a-t-il promis.
Les grands distributeurs (TotalEnergies, E. Leclerc, Coopérative U, Intermarché...) ont dès samedi annoncé des baisses, mais les plus petits se sont plaints de ne pas avoir encore bénéficié des déstockages.
Ceux qui ont appliqué une baisse dès le 31 octobre l'ont fait "par anticipation" car disposant de marges de manœuvre financières, selon Mobilians et la Fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FF3C), qui représentent des stations-service indépendantes.
"On nous a donné des assurances que, théoriquement, d'ici la fin de semaine, l'ensemble des acteurs auront reçu le droit à un stock stratégique, ce qui fera baisser les prix", a affirmé Francis Pousse, de Mobilians, à l'issue de la réunion.
"Le problème est que tout dépend du stock de la station-service puisque si encore elle a trop de stock acheté fin octobre, elle ne pourra pas commander et donc répercuter" la baisse immédiatement, a-t-il regretté.
Prêt à taux zéro
Pour ces dernières, le gouvernement a mis en place un prêt à taux zéro "qui leur permet de gérer leur trésorerie s'ils souhaitent pouvoir répercuter cette baisse en amont", a souligné le ministre de l'Économie et des Finances.
Le prêt à taux zéro, "c'est un pis aller. Mais j'ai peur que pas beaucoup ne s'en emparent", a estimé M. Pousse, en indiquant que Mobilians aurait préféré une aide financière de 5.000 euros de l'État.
Le ministre du Commerce a par ailleurs dit vouloir intégrer les petites stations-service au fonds de soutien au commerce rural, destiné à maintenir des services de proximité, dont elles sont actuellement exclues.
"Le dispositif sera mis sur pied avant la fin de l'année et concernera plusieurs dizaines de stations", a annoncé Serge Papin dans un entretien publié mardi soir sur les sites des journaux du groupe Ebra.
Alors que le litre de gazole était en moyenne en milieu de semaine dernière à 2,38 euros par litre, il a reculé de plus de 10 centimes à 2,26 euros le litre en moyenne, selon une analyse par l'AFP de données publiques portant sur 8.817 stations.

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